L'Architecture de Notre-Dame

 

 

Au cœur de l'île de la Cité, centre originel de Paris, s'érigeait il y a 600 ans une des plus belles cathédrales françaises. Construite en moins de deux siècles sur l'initiative de Maurice de Sully, du Roi Louis VII et du Pape Alexandre III, la première pierre fut posée en 1163 et le chantier prit fin en 1351. Notre-Dame telle qu'on la connaît aujourd'hui n'est plus celle du Moyen-Âge. À partir du 18e siècle, elle subit toutes sortes de mutilations et de transformations jusqu'à la restauration de Viollet-Le-Duc, motivé à faire revivre le bâtiment médiéval tombé pratiquement en ruine au début du 19e siècle. Malgré sa largesse historique - n'oublions pas que nous entrons à cette période dans un renouveau gothique flamboyant dû à l'imagination romantique - c'est à cet architecte que nous devons la conservation du monument agrémenté de ses gargouilles.

Ce que je souhaite montrer ici, c'est surtout le code symbolique des bâtisseurs du sacré. Il serait faux de penser que l'emplacement, l'orientation et même la décoration aient été choisis de manière aléatoire selon le bon goût de tel ou tel architecte. Non, son tracé est beaucoup plus minutieux que cela.

Outre la symbolique des chiffres très présente dans l'architecture religieuse (mais faisant appel à de fortes notions mathématiques dépassant totalement mon entendement :o), la construction des cathédrales relève d'une véritable science mystique. L'étude de l'espace le montre de manière plus claire. Le choix de l'emplacement n'était pas le fruit du hasard. Les bâtisseurs médiévaux étudiaient très sérieusement ce qu'on appelle les "lignes telluriques". C'est pourquoi la symbolique verticale est à rapprocher des 3 mondes constituant l'univers.

Je m'explique : l'élévation verticale de la cathédrale reproduit la superposition des trois niveaux de l'univers. La crypte symbolise alors le monde souterrain, les murs et le sol, l'espace des hommes, et les flèches et tours, le monde divin, de telle sorte que l'harmonie universelle soit conservée.

Horizontalement, les architectes faisaient appel à une symbolique solaire. Le chœur est orienté vers l'est, au lever du soleil, faisant logiquement dos à l'ouest, symbole de la fin des temps. Ainsi, le côté nord, tombé dans l'ombre du soleil, exprimera le péché et le mal, tandis que le côté sud, richement illuminé, sera consacré à la gloire du Christ.

 

Notre-Dame, L'Alchimiste

 

Notre-Dame conserve encore bien des secrets pour les non-initiés. En quête moi-même de sagesse, j'ai suivi les traces du parcours initiatique des alchimistes du Moyen-Âge :o)

Mais avant de vous embarquer dans cette aventure spirituelle, précisons ce qu'est exactement l'esprit alchimique. On en connaît tous le principal principe qui consistait à la transmutation des métaux en or, incarnant la perfection. Parallèlement, il s'agissait de trouver humainement la perfection universelle qui s'accompagnait de l'immortalité.

Souvent dénigrés pour sorcellerie, les alchimistes ont élaboré un code mystérieux. Ils interprétaient alors l'iconographie chrétienne abondante des cathédrales comme des allégories philosophales. Notre-Dame est particulièrement riche en symboles alchimiques. Elle nous conduit sur le chemin de la sagesse qui débute par une profonde connaissance de soi, par la détermination de la matière à transmuter. Il suffit d'étudier plus précisément sa façade occidentale pour mieux comprendre cette dimension occulte.

La façade Ouest de la cathédrale est associée aux trois rosaces intérieures, l'ensemble décrivant le chemin initiatique des alchimistes, un itinéraire extérieur à la dimension cosmique et un itinéraire intérieur à la dimension humaine.
Les rosaces sont en effet le symbole de la voie entre les ténèbres originelles et l'accomplissement de l'œuvre. Elles portent en elles par leur forme concentrique l'idée du perpétuel recommencement.

 

Portail central de la façade ouest dont les médaillons déclinent la voie alchimique.

Pour mieux comprendre, il faut partir du pilier central et de la statue de Cybèle, déesse phrygienne de la sagesse. Elle porte deux livres pouvant représenter l'Ancien et le Nouveau Testament. Plus précisément, le premier, en position ouverte, évoque la connaissance par les Textes et le second, fermé, la connaissance intérieure. Cette combinaison alchimique, démarche spirituelle et connaissance des écritures, portera le novice jusqu'à la sagesse.À l'extérieur, le parcours commence par le portail de Sainte Anne, mère de la Vierge, où est figurée la naissance du Christ. C'est pourquoi la rosace sud qui lui correspond représente le Christ Architecte du monde. Nous sommes au début du chemin, aux origines du Monde. C'est précisément à ce commencement que peut être associée la putréfaction des alchimistes, l'œuvre au noir. Il s'agit d'ôter les impuretés de la matière ce qui signifie spirituellement de purifier l'âme.

Le parcours se poursuit avec le portail de la Vierge représentant le cycle temporel des saisons et du travail. La rosace Ouest évoque réciproquement le ciel nocturne et la synthèse de l'œuvre. Il s'agit alors de spiritualiser la matière (ici l'homme), de restituer son âme au corps purifié précédemment.

Enfin, le portail central présente le jugement dernier, l'œuvre accomplie, autrement dit le "Grand Œuvre". Ses médaillons nous guident dans les étapes à suivre.

Au sens alchimique, le portail central est la balance entre la vertu et le défaut, une confrontation de sa propre nature bilatérale.

L'iconographie du portail reprend en effet les symboles employés par les alchimistes de l'époque. Chaque médaillon possède son complément face à lui, symétriquement par rapport à l'axe central.


 

Médaillon représentant la sagesse ou la prudence, sa correspondance alchimique est le Mercure philosophique


Abraham devant l'autel représente la transmutation

Ils sont une invitation à la transmutation de soi : il s'agit de considérer les défauts comme une matière première et malléable afin de les transformer en vertus.

Par exemple, à l'orgueil et l'inconstance s'opposent l'humilité et la persévérance. Ces deux vertus doivent permettre de combattre les deux défauts associés et ainsi de suite avec la liste donnée dans le tableau suivant :

NORD
VERTUS
DÉFAUTS
Job sur son fumier
Humilité
Orgueil
Sagesse ou prudence
Folie
Justice
Injustice
Charité
Avarice
Espérance
Désespoir
Foi
Impiété
 
SUD
VERTUS
DÉFAUTS
Abraham près de l'autel
Persévérance
Inconstance
Obéissance ou soumission
Esprit de révolte
Concorde ou paix
Discorde
Douceur
Dureté
Patience
Colère
Force ou courage
Lâcheté
Vertus et défauts représentés sur les médaillons alchimiques du portail central

L'univers alchimique de Notre-Dame reprend très bien l'idée d'homme en tant que matière et acteur du Grand Œuvre, une dimension à la fois matérielle et spirituelle.

 

NOTRE-DAME AU CINÉMA

 

Pour terminer d'une manière un peu plus légère sur la symbolique de Notre-Dame, je mets à votre disposition une filmographie où la cathédrale a été plus souvent actrice que simple décor.

Théâtre du roman de Victor Hugo, Notre-Dame est surtout le sujet des innombrables adaptations cinématographiques de l'œuvre :


Affiche du film de Dieterleavec Charles Laughton.

- 1906 : La Esmeralda d'Alice Guy et de Victorin Jasset, avec Denise Becker

- 1911 : Notre-Dame de Paris d'Albert Capellani, avec Stacia de Napierkowska

- 1913 : Notre-Dame de Paris d'Ernesto Maria Pasquali

- 1916 : The Darling of Paris de J.Gordon Edwards, avec Theda Bara

- 1923 : Notre-Dame de Paris de Wallace Worsley, avec Lon Chaley

- 1939 : Quasimodo de William Dierterle, avec Charles Laughton et Maureen O'Hara

- 1956 : Notre-Dame de Paris de Jean Delannoy, avec Anthony Quinn et Gina Lollobridgida

- Les téléfilms de Michael Tuchner en 1982 et de Peter Medak en 1997

- 1996 : Le Bossu de Notre-Dame des studios Disney

En construction !

 

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